La salubrité de la nourriture est en jeu, selon les inspecteurs
Apr 26th, 2012
La Presse - Marie Allard
L’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) fait des coupes dans ses programmes de salubrité en le cachant au public, a dénoncé hier le syndicat représentant les inspecteurs fédéraux des aliments.
Le ministre de l’Agriculture, Gerry Ritz, «a dit qu’il n’y aurait pas de coupes dans les inspecteurs et les programmes, mais il y en a», a indiqué à La Presse Raphaël Tarasco, troisième vice-président du Syndicat de l’agriculture.
Annoncées dans le dernier budget fédéral, les compressions de 10% des sommes allouées au secteur agricole entraînent la suppression de 650 postes à l’ACIA, selon les syndicats. L’ACIA n’a toujours pas confirmé ce chiffre.
Parmi les victimes, le processus de dédouanement et de suivi des viandes importées des États-Unis est éliminé, a annoncé hier le Syndicat de l’agriculture. «C’est un groupe de spécialistes qui s’assurait que les produits de viande étaient échantillonnés, a expliqué M. Tarasco. On importe environ 50 000 cargaisons par année de viande des États-Unis.»
Information nutritive inexacte dans 58% des cas
Cela s’ajoute à la vérification de l’étiquetage des aliments, des menus de restaurants et de la valeur nutritive des aliments, aussi suspendue, selon le syndicat.
Fait inquiétant, la valeur nutritive de 58% des 621 produits testés par l’ACIA, de 2006 à 2010, comportait des inexactitudes, selon des statistiques obtenues par Postmedia.
«Au cours des réunions du personnel, les dirigeants de l’ACIA ont révélé qu’une transformation radicale – c’est leur mot – de l’inspection prendra bientôt place», a souligné M. Tarasco.
Risqué, selon les libéraux
Ces mesures sont dangereuses pour les Canadiens, selon Frank Valeriote, porte-parole libéral en matière d’agriculture. «Le projet du gouvernement conservateur de réduire considérablement la surveillance de la salubrité des aliments à l’ACIA représentera un plus grand risque pour tous les consommateurs canadiens», a-t-il indiqué.
Dans un courriel envoyé à La Presse, l’ACIA a défendu les décisions prises. «Les changements qui seront apportés à certains programmes de l’ACIA en matière d’étiquetage, tels que l’approbation préalable des étiquettes sur les produits de viande et l’élaboration d’un outil d’autoévaluation en ligne, n’ont pas d’incidence sur la salubrité des aliments», peut-on lire.
Des décisions d’arrière-boutique de l’ACIA maintiennent les Canadiens et le ministre Ritz dans l’ignorance.
Apr 24th, 2012
Pour publication immédiate
Ottawa, le 24 avril 2012
Les coupures de l’Agence canadienne d’inspection des aliments dans ses programmes de salubrité sont cachées au public au milieu des communications contradictoires émanant du ministre et de ses hauts fonctionnaires à propos des compressions et modifications aux programmes. C’est l’opinion émise aujourd’hui par le Syndicat Agriculture de l’AFPC, qui représente les inspecteurs fédéraux des aliments.
Cette contradiction et certains détails des compressions et des modifications de programmes ont été révélés la semaine dernière à l’occasion de réunions d’information internes du personnel, où les cadres de l’ACIA ont révélé que des pressions de l’industrie, combinées à la pénurie des ressources à l’ACIA, sont derrière des projets visant à :
- éliminer le programme spécial de pré-autorisation des viandes importées, une décision qui diminuera l’effort d’inspection accordé à ces produits importés à haut risque ;
- mener à une révision en profondeur du programme de Protection des consommateurs, tout en suspendant des volets du programme portant sur la vérification de l’étiquetage des aliments, des menus de restaurants et de l’échantillonnage de la teneur nutritive des aliments, qui protègent les consommateurs des affirmations mensongères et des informations inexactes dans les épiceries et les restaurants ;
- éliminer l’approbation préalable de toutes les étiquettes des produits de viande, un programme qui reconnaît la nature à haut risque de la viande.
Ces annonces sont en contradiction directe avec les assurances qu’a fournies le ministre aux Canadiens quelques jours plus tôt à propos de l’étiquetage des viandes et des autres produits. À l’antenne de l’émission The House de la radio de la CBC, le 14 avril, le ministre Ritz a affirmé :
L’ACIA « continuera à effectuer des vérifications ponctuelles une fois les produits rendus sur les tablettes, assurera le suivi et vérifiera que les étiquettes sont exactes et qu’elles comportent les informations dont les consommateurs ont besoin », et « quant à la viande, les étiquettes sont encore sujettes à pré-approbation, elles sont toujours vérifiées avant que les produits n’arrivent sur les tablettes. »
« On dirait que les dirigeants de l’ACIA n’ont pas averti le ministre que le personnel qui accomplit ces tâches a déjà été informé que ce programme et leurs emplois seront éliminés. Des affirmations contradictoires comme celles-là amènent les employés de l’ACIA à s’inquiéter du fait que des décisions très importantes sont prises sans que la meilleure information, ou même qu’une information exacte, soit rendue disponible aux politiciens qui prétendent être aux commandes, » dit Bob Kingston, président du syndicat.
Le personnel de l’ACIA a aussi été informé d’une nouvelle approche qui, dans les mots des dirigeants, modifiera « radicalement » l’inspection des aliments. L’ACIA dévoilera bientôt un nouveau modèle d’inspection qui pourrait refaire le lit des erreurs qui ont mené à la contamination à la listériose chez Maple Leaf. Dans le cadre du nouveau modèle d’inspection :
- à dessein, on transformera les inspecteurs des aliments en inspecteurs de systèmes seulement. Ce modèle d’autoréglementation de l’industrie rappelle les conditions qui prévalaient juste avant l’éclosion de listériose, quand les pénuries de personnel et la confusion induite par l’introduction d’un nouveau système d’inspection — le SVC, système de vérification de la conformité — étaient en jeu ;
- on perdra les expertises spécifiques à des domaines d’inspection, alors qu’on combinera les inspecteurs du poisson et de la viande dans une classe unique d’inspecteurs de système ;
- on offrira aux associations industrielles un « rôle prépondérant » dans la mise en vigueur des normes de salubrité des aliments.
« Ces compressions et ces changements ont été planifiés dans le secret de bureaux fermés et sans bénéficier d’une contribution du public ou de la perspective de ceux qui travaillent sur la ligne de front. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour nous assurer que les politiciens et le public comprennent l’impact de ces compressions et, espérons-le, pour que le gouvernement respecte ses promesses de ne pas compromettre la sécurité de nos aliments, » conclut Kingston.
-30-
Information: Jim Thompson 613-447-9592
Comment miner la sécurité des aliments
Apr 24th, 2012
Processus de dédouanement et de suivi pour les produits de viande importés
À l’heure actuelle, la viande importée au Canada fait l’objet d’un dédouanement séparé des autres produits à la frontière parce qu’elle comporte des risques particuliers pour les consommateurs. Cette unité au sein de l’ACIA dédouane 50 000 cargaisons de viande importée par années. Elle assure aussi le suivi de paramètres clés pour la sécurité, comme les taux de conformité, la nature des infractions aux exigences en matière de salubrité et l’identité des récidivistes.
Il y aura moins d’effort d’inspection accordé à ces produits importés à haut risque, tandis que les informations accumulées qui en permettent le suivi seront perdues avec l’élimination de ce programme, à cause de la pénurie de ressources.
Révision des programmes de protection des consommateurs
Une révision du Programme de protection des consommateurs à l’échelle de toute l’Agence est en cours.
Les inspecteurs affectés à la protection des consommateurs travaillent à assurer l’exactitude des prétentions des fabricants sur les étiquettes des produits et à vérifier l’authenticité des informations suivantes :
- déclarations relatives à la valeur nutritive : il s’agit d’une information ayant une incidence directe sur la sécurité des personnes souffrant d’affections comme le diabète, diverses cardiopathies et d’allergies potentiellement mortelles (programme déjà éliminé)
- déclarations associées aux menus de restaurants (programme déjà éliminé)
- étiquetage du poids net. À moins que les consommateurs ne circulent avec leur propre balance, ils pourraient se trouver à payer pour une quantité qu’ils ne recevront pas.
Les inspections visant la protection des consommateurs lors de la vente au détail de produits alimentaires fabriqués ici et importés ont déjà été supprimées.
On a signalé récemment des infractions multiples à la réglementation de protection des consommateurs. L’industrie canadienne a fait pression sur l’ACIA pour qu’elle applique ces règles de manière égale pour les producteurs canadiens et étrangers. Plutôt que de renforcer l’application de la réglementation pour les importateurs, l’ACIA cherche à abaisser la barre pour tout le monde, au détriment des consommateurs.
Approbation des étiquettes pour la viande avant la mise en marché
L’approbation pré-marché de l’étiquetage des produits de viande a été instituée pour éviter, avec ces produits à haut risque, le type d’affirmations mensongères et de prétentions problématiques que l’on rencontre avec d’autres produits alimentaires. Ce programme constituait une pratique exemplaire où le contenu détaillé des étiquettes était vérifié et approuvé, de manière à permettre aux consommateurs des choix sans risque. L’élimination de ce programme transformera cette pratique proactive en une pratique réactive où les inspecteurs essaieront de réparer les dégâts une fois les problèmes identifiés sur les tablettes des épiceries, plutôt qu’avant que les produits ne parviennent aux consommateurs.
Commentaires des hauts fonctionnaires de l’ACIA à propos :
Apr 24th, 2012
Le ministre Ritz |
Sujet |
Réunions internes du personnel de l’ACIA |
| « Il n’y aura pas de changements affectant les inspecteurs de première ligne »
The Hill Times – 23 avril 2012 |
Compressions affectant les inspecteurs de première ligne
|
« Je ne sais pas comment vous pouvez couper 10 % de votre budget et ne pas toucher au personnel de première ligne. » |
| «… il n’est pas question qu’à aucun moment, nous mettions en danger la sécurité des aliments. »
CBC Radio, The House – 14 avril 2012 « les programmes ne sont pas touchés. » The Hill Times – 23 avril 2012 |
sécurité des aliments
|
« Le second volet de ceci est la préautorisation des viandes importées. De la même manière, nous le faisons pour la viande et pas pour aucun autre produit. Et la question se pose encore une fois : pourquoi le ferions-nous pour la viande et pas pour aucun autre produit? » |
| L’ACIA « continuera à effectuer des vérifications ponctuelles une fois les produits rendus sur les tablettes, assurera le suivi et vérifiera que les étiquettes sont exactes et qu’elles comportent les informations dont les consommateurs ont besoin »
CBC Radio, The House – 14 avril 2012 |
protection des consommateurs
|
« …une révision en profondeur de notre programme relatif à l’étiquetage au sens large [est en cours] dans l’ensemble de l’Agence. Quant aux conséquences, au même titre que la modernisation de l’inspection, que la réforme législative et réglementaire, cela se traduira par un nouveau programme relatif à l’étiquetage. Quant à la nature et la structure de ce programme d’étiquetage, je n’en ai aucune idée. » |
| « du côté des viandes, les étiquettes sont toujours sujettes à pré-approbation, elles sont vérifiées avant que quoi que ce soit ne parvienne sur les tablettes. »
CBC Radio, The House – 14 avril 2012 |
Approbation avant la mise en marché des étiquettes de viande
|
« Est-ce que cela fait partie de nos responsabilités? » |
du nouveau système d’inspection
… nous travaillons actuellement à la réorganisation (re-engineering) de notre processus d’inspection. Le nouveau modèle d’inspection actuellement proposé va modifier radicalement nos activités de vérification, de vérification de conformité et d’application de la loi, en matière d’inspection.
« Je crois qu’il n’y aura plus un groupe dédié à la viande, un groupe dédié au poisson, ou un groupe dédié à l’étiquetage. Je ne crois pas qu’on va retrouver une telle organisation à l’avenir. Nous aurons du personnel qui accomplira une série d’activités. »
« nous devrions envisager de travailler avec les associations. Inviter l’industrie à jouer un rôle (dans la mise en vigueur de la loi.) »
des impacts des compressions budgétaires
« L’idée de réorganiser notre manière de procéder en matière de conseil sur les programmes allait se produire avec ou sans le nouveau cadre budgétaire. Ce que le budget a fait c’est nous forcer à prendre nos décisions. »
« L’autre enjeu majeur à ce propos, c’est comme pour tout le reste, c’est que nous n’avons pas assez de bras pour faire tout ce que nous souhaitons faire.»
Le danger croît avec les coupes Le danger croît avec les coupes
Apr 12th, 2012
Marie Vastel, Le Devoir
Avec 100 inspecteurs de moins, qui garantira la salubrité des aliments? demande l’Alliance de la fonction publique
Ottawa — Nouvelle semaine, nouvelle ronde de coupes annoncées dans la fonction publique. Et cette fois-ci, ce sont 5561 employés qui ont reçu une lettre les avertissant que leur emploi est menacé, auxquels s’ajoutent quelque 1500 professionnels et scientifiques de l’appareil fédéral. Dans la foulée, services aux contribuables et conseillers du gouvernement seront mis de côté. Mais le gouvernement est «malhonnête», car il refuse toujours de préciser lesquels de ses services seront affectés, a dénoncé le principal syndicat hier.
Parmi ces milliers de fonctionnaires angoissés, seule une partie d’entre eux perdront bel et bien leur emploi. Pour le moment, le fédéral les prévient que leur poste pourrait être supprimé; suivra ensuite une décision définitive au terme de laquelle 19 200 fonctionnaires seront remerciés, selon les prévisions du dernier budget. Pour une deuxième semaine consécutive, ce sont donc ces «avis» qui ont été envoyés dans 23 ministères et agences fédérales, notamment à quelque 230 fonctionnaires au Québec.
L’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) déplore le flou que continue d’entretenir Ottawa quant au nombre précis de coupes anticipées et des services qui seront touchés. «Jamais, dans toute l’histoire de la fonction publique, nous n’avons vu tant d’avis sortir si rapidement suite à la sortie d’un budget. Le gouvernement se presse pour annoncer et effectuer ses coupes sans indiquer aux Canadiens ce que ça veut dire pour les services dont ils ont besoin», a accusé en point de presse Larry Rousseau, de l’AFPC, qui craint que les citoyens se retrouvent devant le fait accompli.
Un chiffre a cependant été confirmé, hier: une centaine d’inspecteurs de l’Agence d’inspection des aliments seront mis à pied. «Cette décision ne fera qu’empirer la pénurie d’inspecteurs, au lieu d’améliorer les choses. Et puisque le gouvernement n’a pas daigné consulter ses propres inspecteurs, il coupe dans la salubrité des aliments à l’aveuglette, sans comprendre la gravité des conséquences, a fait valoir Bob Kingston, le président du syndicat Agriculture lié à l’AFPC. Sans policiers dans leur rétroviseur, les compagnies auront la partie facile pour tromper les consommateurs en jouant avec notre sécurité.» Après la crise de la listériose, qui avait fait 23 morts au pays, Ottawa avait ajouté 70 inspecteurs à l’agence. Au terme des réductions, ils seront donc moins nombreux qu’avant la crise de 2008. Or, l’agence fédérale assure, par courriel, que «les mesures de réduction des coûts ne compromettent nullement la salubrité des aliments». Au total, plus de 600 employés de l’agence et 842 au ministère de l’Agriculture ont été avertis que leur poste était en péril.
Dans chaque ministère, le discours est le même: parmi la douzaine contactée par Le Devoir, la poignée d’entre eux qui ont offert certains détails quant aux coupes anticipées ont tous martelé que les services ne seraient pas diminués. Aux Anciens Combattants, où 261 fonctionnaires ont appris que leur poste était menacé, on insiste sur le fait que «ces économies n’ont pas de répercussions sur les services et bénéfices offerts aux vétérans», car on y prétend éliminer simplement «des étapes et des formalités administratives inutiles». Mais ils ont tous refusé de confirmer le nombre de postes qui y seraient supprimés, arguant qu’ils en étaient toujours à avertir les premiers concernés en suivant le processus mis en place par le gouvernement. C’est le cas notamment à l’Agence des services frontaliers (1137 avis reçus) ou à Citoyenneté et Immigration (379 postes menacés). Du côté de l’Agence canadienne de développement international (534 emplois en péril) et l’Agence spatiale (30), on n’a pas daigné répondre à la demande d’information.
Or, les ministères et le Conseil du Trésor (qui mène l’opération) connaissaient avant même le dépôt du budget, il y a deux semaines, le détail de ces coupes. «Et ils ont caché cela aux Canadiens», a regretté le président de l’AFPC, John Gordon.
Au Conseil du Trésor, on rétorque que ces coupes sont une bonne nouvelle pour les Canadiens, puisque le gouvernement «a trouvé des mesures de réduction du déficit équitables et modérées». «Ce que nous faisons, c’est éliminer le gaspillage et le dédoublement inutile — et une administration publique moins lourde, plus abordable, est dans le meilleur intérêt des Canadiens», a plaidé une porte-parole du ministre responsable, Tony Clement, alors que le ministère refuse de préciser quoi que ce soit quant aux suppressions de postes.
Santé Canada a toutefois offert des précisions: jusqu’à 840 emplois y seront supprimés, de même que 300 à l’Agence de la santé publique. Parmi ceux-ci, environ 200 seront des scientifiques.
Au total, 6500 avis ont été envoyés aux membres de l’AFPC afin de leur souligner que leur emploi est en péril. La Défense nationale accusera notamment 1100 pertes d’emploi, tandis que CBC/Radio-Canada coupera 650 postes, dont environ 475 cette année.
Outre ceux-ci, l’Institut professionnel de la fonction publique a aussi annoncé que 1500 de ses membres avaient reçu un avis cette semaine. Au total, ils sont plus de 2000 professionnels et scientifiques à ne pas savoir ce que l’avenir leur réserve. «On dit une fois de plus aux Canadiens de laisser leur santé et leur sécurité entre les mains de l’industrie», a dénoncé le président, Gary Corbett. Et environ 690 membres du syndicat qui représente les économistes et les spécialistes en sciences sociales ont par ailleurs appris hier que leur poste est aussi en péril, tandis que 160 autres avaient été prévenus la semaine dernière.
© Le Devoir
Le danger croît avec les coupes
Apr 12th, 2012
12 avril 2012 - Marie Vastel, Le Devoir
Avec 100 inspecteurs de moins, qui garantira la salubrité des aliments? demande l’Alliance de la fonction publique
Ottawa — Nouvelle semaine, nouvelle ronde de coupes annoncées dans la fonction publique. Et cette fois-ci, ce sont 5561 employés qui ont reçu une lettre les avertissant que leur emploi est menacé, auxquels s’ajoutent quelque 1500 professionnels et scientifiques de l’appareil fédéral. Dans la foulée, services aux contribuables et conseillers du gouvernement seront mis de côté. Mais le gouvernement est «malhonnête», car il refuse toujours de préciser lesquels de ses services seront affectés, a dénoncé le principal syndicat hier.
Parmi ces milliers de fonctionnaires angoissés, seule une partie d’entre eux perdront bel et bien leur emploi. Pour le moment, le fédéral les prévient que leur poste pourrait être supprimé; suivra ensuite une décision définitive au terme de laquelle 19 200 fonctionnaires seront remerciés, selon les prévisions du dernier budget. Pour une deuxième semaine consécutive, ce sont donc ces «avis» qui ont été envoyés dans 23 ministères et agences fédérales, notamment à quelque 230 fonctionnaires au Québec.
L’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) déplore le flou que continue d’entretenir Ottawa quant au nombre précis de coupes anticipées et des services qui seront touchés. «Jamais, dans toute l’histoire de la fonction publique, nous n’avons vu tant d’avis sortir si rapidement suite à la sortie d’un budget. Le gouvernement se presse pour annoncer et effectuer ses coupes sans indiquer aux Canadiens ce que ça veut dire pour les services dont ils ont besoin», a accusé en point de presse Larry Rousseau, de l’AFPC, qui craint que les citoyens se retrouvent devant le fait accompli.
Un chiffre a cependant été confirmé, hier: une centaine d’inspecteurs de l’Agence d’inspection des aliments seront mis à pied. «Cette décision ne fera qu’empirer la pénurie d’inspecteurs, au lieu d’améliorer les choses. Et puisque le gouvernement n’a pas daigné consulter ses propres inspecteurs, il coupe dans la salubrité des aliments à l’aveuglette, sans comprendre la gravité des conséquences, a fait valoir Bob Kingston, le président du syndicat Agriculture lié à l’AFPC. Sans policiers dans leur rétroviseur, les compagnies auront la partie facile pour tromper les consommateurs en jouant avec notre sécurité.» Après la crise de la listériose, qui avait fait 23 morts au pays, Ottawa avait ajouté 70 inspecteurs à l’agence. Au terme des réductions, ils seront donc moins nombreux qu’avant la crise de 2008. Or, l’agence fédérale assure, par courriel, que «les mesures de réduction des coûts ne compromettent nullement la salubrité des aliments». Au total, plus de 600 employés de l’agence et 842 au ministère de l’Agriculture ont été avertis que leur poste était en péril.
Dans chaque ministère, le discours est le même: parmi la douzaine contactée par Le Devoir, la poignée d’entre eux qui ont offert certains détails quant aux coupes anticipées ont tous martelé que les services ne seraient pas diminués. Aux Anciens Combattants, où 261 fonctionnaires ont appris que leur poste était menacé, on insiste sur le fait que «ces économies n’ont pas de répercussions sur les services et bénéfices offerts aux vétérans», car on y prétend éliminer simplement «des étapes et des formalités administratives inutiles». Mais ils ont tous refusé de confirmer le nombre de postes qui y seraient supprimés, arguant qu’ils en étaient toujours à avertir les premiers concernés en suivant le processus mis en place par le gouvernement. C’est le cas notamment à l’Agence des services frontaliers (1137 avis reçus) ou à Citoyenneté et Immigration (379 postes menacés). Du côté de l’Agence canadienne de développement international (534 emplois en péril) et l’Agence spatiale (30), on n’a pas daigné répondre à la demande d’information.
Or, les ministères et le Conseil du Trésor (qui mène l’opération) connaissaient avant même le dépôt du budget, il y a deux semaines, le détail de ces coupes. «Et ils ont caché cela aux Canadiens», a regretté le président de l’AFPC, John Gordon.
Au Conseil du Trésor, on rétorque que ces coupes sont une bonne nouvelle pour les Canadiens, puisque le gouvernement «a trouvé des mesures de réduction du déficit équitables et modérées». «Ce que nous faisons, c’est éliminer le gaspillage et le dédoublement inutile — et une administration publique moins lourde, plus abordable, est dans le meilleur intérêt des Canadiens», a plaidé une porte-parole du ministre responsable, Tony Clement, alors que le ministère refuse de préciser quoi que ce soit quant aux suppressions de postes.
Santé Canada a toutefois offert des précisions: jusqu’à 840 emplois y seront supprimés, de même que 300 à l’Agence de la santé publique. Parmi ceux-ci, environ 200 seront des scientifiques.
Au total, 6500 avis ont été envoyés aux membres de l’AFPC afin de leur souligner que leur emploi est en péril. La Défense nationale accusera notamment 1100 pertes d’emploi, tandis que CBC/Radio-Canada coupera 650 postes, dont environ 475 cette année.
Outre ceux-ci, l’Institut professionnel de la fonction publique a aussi annoncé que 1500 de ses membres avaient reçu un avis cette semaine. Au total, ils sont plus de 2000 professionnels et scientifiques à ne pas savoir ce que l’avenir leur réserve. «On dit une fois de plus aux Canadiens de laisser leur santé et leur sécurité entre les mains de l’industrie», a dénoncé le président, Gary Corbett. Et environ 690 membres du syndicat qui représente les économistes et les spécialistes en sciences sociales ont par ailleurs appris hier que leur poste est aussi en péril, tandis que 160 autres avaient été prévenus la semaine dernière.
© Le Devoir
La hache dans la sécurité des aliments
Apr 11th, 2012
Pour publication immédiate
(Ottawa – 11 avril 2012) — Le gouvernement fédéral élimine plus de 100 postes d’inspecteurs des aliments dans le cadre de ses compressions budgétaires. Cela fait plus qu’annuler les augmentations de la force d’inspection qui avaient été déployées après la contamination à la listériose chez Maple Leaf, qui avait tué 23 Canadiens.
« Cette décision ne fera qu’empirer la pénurie d’inspecteurs, au lieu d’améliorer les choses. Et puisque le gouvernement n’a pas daigné consulter ses propres inspecteurs, il coupe dans la salubrité des aliments à l’aveuglette, sans comprendre la gravité des conséquences », dit Bob Kingston, président du Syndicat Agriculture de l’AFPC qui représente les inspecteurs fédéraux.
Sheila Weatherill, l’enquêteuse nommée par le premier ministre Harper pour aller au fond des choses dans l’éclosion à la Maple Leaf a constaté qu’il existait une pénurie d’inspecteurs avant la contamination et a publié ses commentaires. En réponse à ces recommandations, le gouvernement a embauché 70 inspecteurs de plus, pour superviser les usines de transformation des viandes prêtes à manger, en septembre 2009.
Au total, l’Agence canadienne d’inspection des aliments perdra 308 employés, conséquence des compressions budgétaires annoncées le 29 mars.
« Avec moins de professionnels indépendants en sécurité des aliments travaillant dans l’intérêt du public, l’industrie sera laissée davantage en mode d’autosurveillance et les consommateurs devront se défendre par leurs propres moyens, » dit Kingston.
Selon l’ACIA, environ la moitié des postes à couper sont à Ottawa et n’auront que peu d’impact sur la sécurité des aliments, une prétention contestée par Bob Kingston.
Le travail accompli par bon nombre de ces postes à Ottawa a un impact direct sur la sécurité des aliments achetés par les Canadiens. Par exemple, l’unité basée à Ottawa responsable de l’approbation des étiquettes des produits de viande sera démantelée dans le cadre des compressions au profit de la « mise en vigueur en aval », où les inspecteurs n’identifieraient des allégations mensongères qu’une fois les produits sur les tablettes des magasins. Pour l’instant, il n’y a pas assez d’inspecteurs pour accomplir ce travail et il y en aura encore moins après la mise en vigueur des compressions.
« Après ces compressions, les Canadiens peuvent s’attendre à davantage d’étiquettes de viande illicites, comme nous en avons vu pour d’autres produits, parce que le processus de préapprobation des étiquettes des produits de viande sera éliminé, » dit Kingston.
Le gouvernement propose que les citoyens eux-mêmes fassent le travail de vérifier la véracité et l’exactitude des étiquettes. Le budget du 29 mars contient cette affirmation aberrante :
« L’ACIA mettra en ligne un outil de vérification de l’étiquetage qui incitera les consommateurs à signaler leurs préoccupations légitimes directement aux entreprises et aux associations concernées afin que la situation soit corrigée. »
En conjonction avec ces compressions budgétaires et de personnel, le gouvernement fédéral se désengage de ses responsabilités en matière de surveillance de la sécurité des aliments au Canada.
« Le gouvernement fédéral tourne le dos aux consommateurs avec ces compressions, en éliminant des professionnels en matière de sécurité des aliments. Sans policiers dans leur rétroviseur, les compagnies auront la partie facile pour tromper les consommateurs en jouant avec notre sécurité, » conclut Kingston.
-30-
Information: Jim Thompson 613-447-9592
Inspection des viandes : des compressions qui pourraient nuire à la santé des Canadiens
Jan 24th, 2012
Radio-Canada
Le syndicat représentant les inspecteurs fédéraux des viandes affirme que les compressions appliquées dans ce domaine par le gouvernement du Canada poseront des risques pour la santé des Canadiens.
Un tel appel a été lancé par le même syndicat il y a environ deux ans, après l’éclosion de la funeste crise de la listériose.
Plus récemment, les ministères et les organismes du gouvernement fédéral ont reçu l’ordre de trouver des moyens de réduire leurs dépenses de 5 à 10 %.
Bob Kingston, président du Syndicat Agriculture de l’AFPC, qui représente les inspecteurs des aliments à l’emploi de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA), croit que c’est justement l’Agence qui écopera des pires coupes dans les programmes de sécurité alimentaire.
Moins d’argent pour prévenir la listériose
Jan 16th, 2012
Le Syndicat Agriculture demande à l’industrie alimentaire de protester
Pour publication immédiate
Ottawa (Le 16 janvier 2012) — Le gouvernement fédéral a discrètement annoncé son intention d’annuler d’importantes initiatives en matière de sécurité des aliments, mises en place pour compenser la faiblesse du système d’inspection et pour faire face à une pénurie chronique d’inspecteurs, après qu’une contamination à la listériose dans une usine dea Aliments Maple Leaf ait causé la mort de 23 Canadiens en 2008.
La plus récente planification de l’ACIA (Agence canadienne d’inspection des aliments) annonce que « les ressources consacrées à la listériose et à l’augmentation de la fréquence des inspections dans les établissements de transformation des viandes diminueront » en 2013-14. Cette planification est publiée en même temps qu’on apprend que l’ACIA entreprend une révision en profondeur de sa réglementation pour la rendre plus favorable à l’industrie.
« Cela ressemble à un exercice pour affaiblir la réglementation, pas pour la rendre plus intelligente ou plus sûre. Ottawa devrait prendre garde de miner la confiance du public en sabrant dans la sécurité des aliments parce que cela va finir par nuire à l’industrie, » déclare Bob Kingston, président du Syndicat Agriculture – AFPC, qui représente les inspecteurs fédéraux en salubrité des aliments.
Le Rapport sur les plans et les priorités — Budget 2011-2012 de l’ACIA prévoit une réduction de la taille de l’organisme pour 2013-14, avec un financement réduit de 21,5 M$ par rapport au niveau actuel, et 234 employés en moins.
C’est le programme de Salubrité des aliments qui subira la portion la plus lourde de ces réductions — 21,1 M$ et 207 employés en moins — même si la ce poste budgétaire représente moins de la moitié des dépenses globales de l’Agence et 46 % de son personnel au total.
Lors d’une conférence de presse tenue aujourd’hui à Ottawa, Kingston était accompagné de Karen Clark, dont la mère Francis est décédée en 2008 de listériose après avoir consommé des charcuteries contaminées.
« Cela me fait vraiment peur de constater l’attitude du gouvernement fédéral. On dirait qu’ils s’imaginent que les Canadiens ont oublié la contamination à la listériose et tous ceux qui en ont été affectés, qu’ils peuvent réduire le nombre des inspecteurs et que personne ne s’en apercevra. Ma famille et moi avons vécu quelque chose d’horrible, et nous sommes des gens ordinaires. Si le gouvernement fédéral ne maintient pas un niveau adéquat de surveillance et d’inspection de la sécurité des aliments, cela pourrait arriver à n’importe quelle famille, » a déclaré Karen Clark.
« Des réductions de cette importance vont ébranler le programme de salubrité des aliments et compromettre gravement la capacité des inspecteurs à remplir leur mission, et cela se traduira par une augmentation du risque d’une nouvelle intoxication massive par contamination des aliments, » ajoute Kingston.
Au mieux, cette décision envoie le message trompeur que tout va bien dans le système canadien de sécurité alimentaire. Au pire, ces restrictions budgétaires pourraient anéantir les importantes améliorations apportées au cours des dernières années au système canadien de supervision de la sécurité des aliments, et potentiellement menacer l’accès des producteurs canadiens au marché américain.
La décision de l’ACIA d’augmenter la fréquence de ses inspections a été prise en réponse directe à l’agence américaine de réglementation qui exigeait qu’une inspection soit effectuée à chaque quart de 12 heures dans les abattoirs et les usines de transformation, pour satisfaire à des exigences américaines plus élevées.
« La réglementation américaine a poussé le gouvernement canadien à augmenter la présence des inspecteurs des aliments dans les usines produisant pour l’exportation. Les plans actuels d’Ottawa visant à diminuer le financement des besoins de l’ACIA face aux exigences américaines d’inspection vont envoyer un signal d’avertissement aux organismes réglementaires du sud, » déplore Kingston.
Comme d’autres agences et ministère fédéraux, l’ACIA doit faire face à une diminution de 10 % de son budget dans le cadre de l’Examen stratégique et fonctionnel du gouvernement fédéral. Cette initiative pourrait entraîner des réductions supplémentaires de 74 M$.
« Si Ottawa va de l’avant avec les réductions qu’il a déjà annoncées, avec un 10 % supplémentaire, le gouvernement fédéral va jouer à la roulette russe avec la santé des Canadiens. Les producteurs et les transformateurs devraient lever leurs boucliers face à ces restrictions budgétaires. Nous espérons qu’ils joindront leurs voix aux nôtres pour exiger d’Ottawa qu’il reconsidère ses décisions », continue Kingston.
Le Syndicat Agriculture a annoncé qu’il lançait une campagne pour inviter les gros joueurs de l’industrie alimentaire canadienne à s’opposer à ces restrictions budgétaires, à commencer par les Aliments Maple Leaf. La campagne par internet www.foodsafetyfirst.ca comporte un centre d’action qui permet à tous les citoyens d’envoyer un message aux leaders de l’industrie alimentaire pour les inviter à se mobiliser.
« Pour commencer, nous invitons nos supporters à faire pression sur Michael McCain pour qu’il exige d’Ottawa de reconsidérer ces restrictions financières. Leur entreprise a subi des dommages financiers et de réputation considérables quand le système de salubrité alimentaire a trahi les Canadiens, » déclare Kingston.
La campagne visera à mobiliser d’autres producteurs et transformateurs canadiens.
« Nous espérons que Stephen Harper écoutera l’industrie même s’il n’entend pas les simples citoyens canadiens inquiets de la sécurité de ce qu’ils mangent, » conclut Kingston.
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Information : Jim Thompson 613-447-9592
Nos inspecteurs ne peuvent arrêter les importations d’aliments dangereux
Jun 15th, 2011
Par Bob Kingston, Ottawa Citizen
L’Agence canadienne d’inspection des aliments pourrait essayer un peu plus de protéger les consommateurs et consommatrices du pays du danger que représentent les aliments importés non sécuritaires. Malheureusement, le fait est que l’Agence n’a pas suffisamment d’argent pour empêcher que de tels produits s’accumulent sur les étagères des magasins.
L’inspection des aliments importés par le Canada est en fait un ensemble de mesures disparates qui ignorent certains produits alors que d’autres sont examinés, sans qu’il y ait une véritable logique en cela. Pour les Canadiens et Canadiennes qui suivent les bulletins de nouvelles quotidiens sur les Allemands qui tombent malades et qui meurent même d’aliments contaminés par une nouvelle souche de la bactérie du colibacille, cela n’est pas fait pour les rassurer.
Des tests et inspections proactifs, autres que la simple surveillance de la tendance par exemple de projets, sont hors de portée des ressources d’inspection de première ligne dont dispose actuellement l’ACIA. En fait, l’inspection des importations d’aliments au Canada constitue l’un des éléments les plus faibles du travail de l’Agence.
Il n’y a qu’une poignée d’inspecteurs et d’inspectrices affectés à la vérification de la salubrité des aliments importés. L’Agence ne peut se permettre que d’affecter temporairement des inspecteurs et inspectrices au contrôle des produits alimentaires importés. Bien que des projets uniques comme l’équipe de surveillance des importations d’aliments soit le bienvenu, il ne s’agit que d’un petit groupe d’inspecteurs et d’inspectrices, et par ailleurs le financement est temporaire – pour une année seulement!
Les inspecteurs et inspectrices qui se consacrent aux importations d’aliments sont entièrement financés par l’industrie, leur objectif étant purement commercial, pour déterminer la qualité et la cote des produits importés, par conséquent leur valeur sur le marché – et non pas pour identifier les menaces à la santé et à la sécurité du public.
Quant aux inspecteurs et inspectrices de l’Agence, ils et elles sont chargés de l’inspection des produits alimentaires importés et exportés. Toutefois, aucun inspecteur ou aucune inspectrice n’a de latitude lorsqu’il s’agit de produits exportés. Lorsque la certification est obligatoire, un certificat de l’Agence pour les exportations d’aliments est obligatoire à 100 %.
Toutefois, lorsqu’il s’agit de l’inspection des aliments importés, l’Agence jouit d’une grande latitude pour permettre que des articles se retrouvent sur les étagères d’épicerie sans avoir été inspectés, ce qui crée une situation carrément impossible pour les inspecteurs et inspectrices et l’ACIA qui font l’objet de fortes pressions de la part de l’industrie canadienne des aliments pour certifier leurs expéditions à des fins d’exportation.
Tout le monde sait que la priorité non officielle est la certification des exportations.
Dans les circonstances actuelles où il y a peu de ressources, l’Alliance et ses inspecteurs et inspectrices sont trop souvent confrontés à une situation où l’inspection des produits inspectés se retrouve au second plan derrière les certificats d’exportation.
L’inspection des importations n’a pas pour but d’empêcher que des produits se retrouvent sur les étagères des épiceries, et moins de 2 % des produits importés au Canada sont inspectés. La grande majorité des inspections des produits importés a lieu pour protéger la santé des plantes et des animaux, et non pas celle des êtres humains.
Des inspections de produits destinés à la consommation humaine ont lieu principalement pour contrôler les tendances et non pour empêcher que des produits dangereux se retrouvent sur les étagères des épiceries. Par exemple, dans la situation peu probable où l’Agence inspecte une cargaison de produits frais qui se retrouvent être contaminés par un insecticide ou un fongicide (parce qu’ils sont couverts d’une couche de poudre blanche, par exemple), les résultats de tests en laboratoire ne seraient pas disponibles bien longtemps après que le produit se soit retrouvé dans les assiettes des consommateurs et consommatrices.
Les inspecteurs et inspectrices, et les consommateurs et consommatrices n’ont pas de moyen de savoir quels traitements ont été utilisés sur les produits crus tels que les fruits et légumes. Les importateurs de fruits et légumes crus doivent déclarer uniquement les traitements exigés par les règlements canadiens sur l’importation; tout autre traitement chimique non exigé pour avoir accès aux consommateurs et consommatrices du Canada, ne doit pas être obligatoirement déclaré.
Ainsi, les inspecteurs et inspectrices de l’Agence prennent des précautions adéquates, par exemple le port de vêtements protecteurs et/ou d’appareils de respiration, lorsqu’ils ou elles inspectent ce type de produits importés car ils ou elles n’ont pas de moyen de savoir quels poisons ou autres produits chimiques dangereux ont été appliqués sur les produits qu’ils ou elles manipulent. Malheureusement, les manipulateurs de produits en aval ainsi que les consommateurs et consommatrices ne sont pas au courant que de telles précautions peuvent être nécessaires.
L’ACIA n’est pas en mesure d’assurer l’équivalence des normes canadiennes dans les systèmes de salubrité des aliments de pays qui exportent des aliments au Canada. Depuis 2007, par exemple, l’Agence n’a pu procéder à une vérification pour s’assurer que les systèmes de salubrité des aliments en Chine respectent les normes canadiennes. D’après ce que nous savons, les seules évaluations d’équivalence de produits étrangers effectuées en 2010 ont eu lieu aux États?Unis.
Toutefois, ce ne sont pas simplement les aliments importés à propos desquels l’Agence ne peut s’assurer qu’ils respectent son mandat. Chaque programme de l’Agence, en dehors de l’inspection des viandes transformées, fait l’objet d’énormes pressions au niveau des ressources. Par exemple, des postes vacants de tous les programmes, sauf en ce qui concerne l’hygiène des viandes, ne sont toujours pas comblés.
Dans une telle situation, le gouvernement prévoit d’investir d’un côté mais de supprimer de l’autre.
Au cours des deux prochaines années, le gouvernement fédéral prévoit des investissements de 18 millions de dollars de plus dans l’inspection de la salubrité des aliments. Parallèlement, le programme controversé d’examen des dépenses qu’Ottawa effectué pourrait bien supprimer plus de 70 millions de dollars du budget de l’Agence.
L’ACIA prévoit de réglementer les importations d’aliments. Il s’agit en principe d’une bonne idée, mais qui vérifiera la mise en application des règlements?
Ainsi, la réglementation et la certification des importateurs d’aliments pourraient bien n’améliorer les apparences qu’en surface. Entre?temps, nos organismes de vérification de la salubrité des aliments n’ont toujours pas les ressources nécessaires pour inspecter les aliments importés, ce qui laisse les consommateurs et consommatrices du Canada exposés à des produits pouvant être dangereux.
Bob Kingston est le président du Syndicat de l’Agriculture de l’AFPC qui représente les inspecteurs et inspectrices des aliments du gouvernement fédéral.
