Archive for June, 2011
Nos inspecteurs ne peuvent arrêter les importations d’aliments dangereux
Jun 15th, 2011
Par Bob Kingston, Ottawa Citizen
L’Agence canadienne d’inspection des aliments pourrait essayer un peu plus de protéger les consommateurs et consommatrices du pays du danger que représentent les aliments importés non sécuritaires. Malheureusement, le fait est que l’Agence n’a pas suffisamment d’argent pour empêcher que de tels produits s’accumulent sur les étagères des magasins.
L’inspection des aliments importés par le Canada est en fait un ensemble de mesures disparates qui ignorent certains produits alors que d’autres sont examinés, sans qu’il y ait une véritable logique en cela. Pour les Canadiens et Canadiennes qui suivent les bulletins de nouvelles quotidiens sur les Allemands qui tombent malades et qui meurent même d’aliments contaminés par une nouvelle souche de la bactérie du colibacille, cela n’est pas fait pour les rassurer.
Des tests et inspections proactifs, autres que la simple surveillance de la tendance par exemple de projets, sont hors de portée des ressources d’inspection de première ligne dont dispose actuellement l’ACIA. En fait, l’inspection des importations d’aliments au Canada constitue l’un des éléments les plus faibles du travail de l’Agence.
Il n’y a qu’une poignée d’inspecteurs et d’inspectrices affectés à la vérification de la salubrité des aliments importés. L’Agence ne peut se permettre que d’affecter temporairement des inspecteurs et inspectrices au contrôle des produits alimentaires importés. Bien que des projets uniques comme l’équipe de surveillance des importations d’aliments soit le bienvenu, il ne s’agit que d’un petit groupe d’inspecteurs et d’inspectrices, et par ailleurs le financement est temporaire – pour une année seulement!
Les inspecteurs et inspectrices qui se consacrent aux importations d’aliments sont entièrement financés par l’industrie, leur objectif étant purement commercial, pour déterminer la qualité et la cote des produits importés, par conséquent leur valeur sur le marché – et non pas pour identifier les menaces à la santé et à la sécurité du public.
Quant aux inspecteurs et inspectrices de l’Agence, ils et elles sont chargés de l’inspection des produits alimentaires importés et exportés. Toutefois, aucun inspecteur ou aucune inspectrice n’a de latitude lorsqu’il s’agit de produits exportés. Lorsque la certification est obligatoire, un certificat de l’Agence pour les exportations d’aliments est obligatoire à 100 %.
Toutefois, lorsqu’il s’agit de l’inspection des aliments importés, l’Agence jouit d’une grande latitude pour permettre que des articles se retrouvent sur les étagères d’épicerie sans avoir été inspectés, ce qui crée une situation carrément impossible pour les inspecteurs et inspectrices et l’ACIA qui font l’objet de fortes pressions de la part de l’industrie canadienne des aliments pour certifier leurs expéditions à des fins d’exportation.
Tout le monde sait que la priorité non officielle est la certification des exportations.
Dans les circonstances actuelles où il y a peu de ressources, l’Alliance et ses inspecteurs et inspectrices sont trop souvent confrontés à une situation où l’inspection des produits inspectés se retrouve au second plan derrière les certificats d’exportation.
L’inspection des importations n’a pas pour but d’empêcher que des produits se retrouvent sur les étagères des épiceries, et moins de 2 % des produits importés au Canada sont inspectés. La grande majorité des inspections des produits importés a lieu pour protéger la santé des plantes et des animaux, et non pas celle des êtres humains.
Des inspections de produits destinés à la consommation humaine ont lieu principalement pour contrôler les tendances et non pour empêcher que des produits dangereux se retrouvent sur les étagères des épiceries. Par exemple, dans la situation peu probable où l’Agence inspecte une cargaison de produits frais qui se retrouvent être contaminés par un insecticide ou un fongicide (parce qu’ils sont couverts d’une couche de poudre blanche, par exemple), les résultats de tests en laboratoire ne seraient pas disponibles bien longtemps après que le produit se soit retrouvé dans les assiettes des consommateurs et consommatrices.
Les inspecteurs et inspectrices, et les consommateurs et consommatrices n’ont pas de moyen de savoir quels traitements ont été utilisés sur les produits crus tels que les fruits et légumes. Les importateurs de fruits et légumes crus doivent déclarer uniquement les traitements exigés par les règlements canadiens sur l’importation; tout autre traitement chimique non exigé pour avoir accès aux consommateurs et consommatrices du Canada, ne doit pas être obligatoirement déclaré.
Ainsi, les inspecteurs et inspectrices de l’Agence prennent des précautions adéquates, par exemple le port de vêtements protecteurs et/ou d’appareils de respiration, lorsqu’ils ou elles inspectent ce type de produits importés car ils ou elles n’ont pas de moyen de savoir quels poisons ou autres produits chimiques dangereux ont été appliqués sur les produits qu’ils ou elles manipulent. Malheureusement, les manipulateurs de produits en aval ainsi que les consommateurs et consommatrices ne sont pas au courant que de telles précautions peuvent être nécessaires.
L’ACIA n’est pas en mesure d’assurer l’équivalence des normes canadiennes dans les systèmes de salubrité des aliments de pays qui exportent des aliments au Canada. Depuis 2007, par exemple, l’Agence n’a pu procéder à une vérification pour s’assurer que les systèmes de salubrité des aliments en Chine respectent les normes canadiennes. D’après ce que nous savons, les seules évaluations d’équivalence de produits étrangers effectuées en 2010 ont eu lieu aux États?Unis.
Toutefois, ce ne sont pas simplement les aliments importés à propos desquels l’Agence ne peut s’assurer qu’ils respectent son mandat. Chaque programme de l’Agence, en dehors de l’inspection des viandes transformées, fait l’objet d’énormes pressions au niveau des ressources. Par exemple, des postes vacants de tous les programmes, sauf en ce qui concerne l’hygiène des viandes, ne sont toujours pas comblés.
Dans une telle situation, le gouvernement prévoit d’investir d’un côté mais de supprimer de l’autre.
Au cours des deux prochaines années, le gouvernement fédéral prévoit des investissements de 18 millions de dollars de plus dans l’inspection de la salubrité des aliments. Parallèlement, le programme controversé d’examen des dépenses qu’Ottawa effectué pourrait bien supprimer plus de 70 millions de dollars du budget de l’Agence.
L’ACIA prévoit de réglementer les importations d’aliments. Il s’agit en principe d’une bonne idée, mais qui vérifiera la mise en application des règlements?
Ainsi, la réglementation et la certification des importateurs d’aliments pourraient bien n’améliorer les apparences qu’en surface. Entre?temps, nos organismes de vérification de la salubrité des aliments n’ont toujours pas les ressources nécessaires pour inspecter les aliments importés, ce qui laisse les consommateurs et consommatrices du Canada exposés à des produits pouvant être dangereux.
Bob Kingston est le président du Syndicat de l’Agriculture de l’AFPC qui représente les inspecteurs et inspectrices des aliments du gouvernement fédéral.
Note d’information : Une entente secrète a-t-elle sabordé l’investissement dans l’inspection des aliments?
Jun 1st, 2011
Ottawa ( le 1 juin 2011) – Le budget du 22 mars du ministre Flaherty, le ministre des Finances, n’incluait-il pas un investissement destiné à accorder 100 millions de dollars de plus à l’inspection des aliments, sur une période de cinq ans?
Peut-être pas, après tout!
D’après nos sources à l’ACIA, une entente secrète qu’on a réussi à dissimuler dans le budget de mars 2011, budget qui sera à nouveau déposé la semaine prochaine, pourrait très bien entraîner une coupure dans le budget de l’Agence canadienne d’inspection des aliments.
On dit que l’ACIA s’est engagée, même si personne ne l’a avoué publiquement, à réduire ses dépenses de 35 millions de dollars en échange d’une hausse de l’allocation accordée à l’inspection des aliments, hausse contenue dans le budget préélectoral.
Le problème pour la salubrité des aliments est que le plan de Flaherty prévoit que seulement 18 millions de dollars iront à l’ACIA au cours des deux premières années, laissant l’Agence avec un manque à gagner à court terme, la balance devant vraisemblablement être versée en 2013 et par la suite.
Les porte-parole officiels de l’ACIA ont refusé de commenter la situation, prétextant que le budget est confidentiel.
« Si c’est vrai, avec une hausse grandement supérieure, le ministre des Finances a donné une fausse image de l’augmentation du budget de l’inspection des aliments. Qui plus est, l’ACIA a accepté une réduction budgétaire de 35 millions de dollars en échange de 18 millions de dollars et une reconnaissance de dette qui ne sera peut-être jamais honorée en raison de l’intention du gouvernement de sabrer dans ses dépenses », a déclaré Bob Kingston, le président du Syndicat de l’Agriculture – AFPC qui représente les inspecteurs fédéraux des aliments.
Le prochain examen opérationnel et stratégique nécessitera que les ministères et les agences diminuent leurs dépenses de 10 % ou plus, ce qui représente 72 millions de dollars pour le budget de l’ACIA. De plus, l’ACIA a déjà dû absorber des augmentations de salaires à même ses budgets existants, ce qui a réduit sa capacité en matière de salubrité des aliments.
Selon le budget déposé devant le Parlement le 22 mars, l’investissement de 100 millions de dollars sur cinq ans était destiné à « permettre au gouvernement de compléter sa réponse à toutes les recommandations du rapport Weatherhill par des investissements ciblés dans la formation des inspecteurs, des capacités scientifiques supplémentaires et des outils électroniques pour soutenir le travail des inspecteurs de première ligne ».
« La mauvaise nouvelle pour les consommateurs est qu’Ottawa est loin d’avoir réglé les problèmes de salubrité et d’inspection des aliments que Sheila Weatherill a trouvés à la source des décès de Maple Leaf. Et si cette entente en coulisse est vraie, l’ACIA ne pourra y parvenir. J’espère que le ministre Flaherty dira la vérité le 6 juin et qu’il trouvera les ressources dont notre système de salubrité alimentaire a si grandement besoin, », a déclaré Kingston.
